Plaidoyer pour la création d'Espaces Numériques Républicains

Enjeux : citoyenneté, démocratie locale, souveraineté numérique, économie et fiscalité territoriales

Publié le 30 mars 2021
Temps de lecture : 3 minutes


Chers collègues,

La pandémie de COVID19 a eu pour conséquence une accélération notoire de la digitalisation de notre société, essentiellement au profit de plateformes fournies par les multinationales états-uniennes que nous appelons désormais communément les GAFAM. Si les outils fournis par ces entreprises sont d’une utilité incontestable, leur utilisation généralisée par nos concitoyens, nos collectivités et nos entreprises, soulève de nombreux problèmes qui impactent fortement notre modèle sociétal, économique et démocratique.

Vous n’ignorez pas que ces plateformes utilisent à des fins publicitaires, des algorithmes qui enferment leurs utilisateurs dans des bulles affinitaires, les privant peu à peu de leur libre arbitre, faute de pouvoir être exposés à suffisament d'informations contradictoires pour préserver un esprit critique. Il en résulte une vision de plus en plus étroite, brouillée par la fausse impression que tout le monde pense la même chose.

Quel élu n’a pas constaté à son égard le ton méfiant, voire défiant, utilisé par certains de nos concitoyens sur ces espaces d’expression qui, de surcroît, favorisent l'invective et l'immédiateté des réponses au détriment d’une réflexion construite et de débats courtois et apaisés ? Aucune loi contre les « fake news » n’empêchera ces comportements implicitement conditionnés par la façon même dont ces outils ont été conçus.

Vous n’ignorez pas non plus que la plupart de ces plateformes ne contribuent pas à l’impôt à la hauteur des richesses colossales qu’elles produisent pourtant à partir des données personnelles de nos concitoyens, grévant d’autant le fonctionnement du service public dans son ensemble et augmentant de fait la pression fiscale sur leurs propres utilisateurs.

Vous n’ignorez pas, pour l’avoir souvent constaté par vous mêmes, que les comportements individualistes et égocentriques que ces plateformes amplifient, sont très peu compatibles avec la défense de nos valeurs démocratiques et républicaines, certaines d’entre-elles ayant même été utilisées pour manipuler des scrutins à grande échelle. Pire encore, leur fonctionnement qui façonne notre quotidien est calqué sur des sociétés très éloignés de notre modèle républicain.

Vous n’ignorez pas que leur architecture centralisée facilite grandement la surveillance généralisée de nos concitoyens, de nos collectivités et de nos entreprises stratégiques par des puissances étrangères souvent concurrentes, parfois hostiles et dont la mission est rarement bienveillante à notre égard, portant souvent atteinte à nos intérêts économiques ainsi qu'à nos emplois.

Non, vous n’ignorez pas toutes ces questions relatives à notre souveraineté numérique individuelle et collective, ni le fait que nos choix dans les outils qui nous accompagnent au quotidien sont déterminants à bien des égards.

Vous ignorez peut-être en revanche, que le recours à ces plateformes n’est pas une fatalité et que nous avons, grâce au logiciel libre*, les moyens de proposer, à moindre coût, des alternatives respectueuses de nos libertés fondamentales et des données personnelles de celles et ceux qui les utilisent.

Les logiciels libres, qui sont aussi massivement utilisés comme socle technologique de ces plateformes auxquels elles contribuent par ailleurs, offrent à l’échelle de nos collectivités, la possibilité de créer des alternatives fiables et viables, tout en orientant la valeur produite vers un écosystème de prestataires locaux.
Sans avoir la prétention de les remplacer, n’avons-nous pas l’obligation morale, en tant qu'élus, de proposer une alternative à nos concitoyens, à nos enfants ? J’en appelle à notre responsabilité collective.

Nous contribuerions ainsi directement et à notre échelle, à ce qu’Internet retrouve des espaces d’expression neutres et démocratiques, fidèles a la philosophie de ses pères fondateurs, elle-même imprégnée par nos valeurs républicaines de Liberté, d’Égalité et de Fraternité.

Parallèlement, la promotion de l’utilisation des logiciels libres auprès des entreprises appliqués à des domaines aussi variés que la gestion et la comptabilité, la bureautique, la relation clients, le télétravail, la création graphique, la production 3D ou encore la réalisation de sites internet, serait aussi un moyen de développer leur autonomie et de pérenniser leur activité.

L’utilisation de nos Espaces Publiques Numériques pour sensibiliser nos concitoyens à ces questions et leur faire découvrir ces plateformes locales ne serait-elle pas aussi une formidable occasion de les « ré-intéresser » à la chose publique et à la préservation des communs ?

Et demain ?

L’ampleur mondiale prise depuis une décennie par les technologies de registres distribués, popularisées plus récemment par le terme Blockchain et le Bitcoin qui ne représente que l’écume de la vague, permet d’ores et déjà à des Villes de faire voter leurs administrés de façon sécurisée sur des projets participatifs ou encore d’émettre leurs monnaies numériques locales. L'émergence de l'intellligence artificielle aura également, n'en doutons pas, un impact considérable sur notre société.
Allons-nous docilement attendre que l’immense valeur déjà générée par ces technologies qui impactent le coeur même du fonctionnement de nos institutions et de notre économie, nous soit confisquée par de puissantes firmes étrangères ?

Créer des ateliers numériques citoyens pour former nos jeunes à ces technologies afin qu’ils façonnent eux-mêmes le monde dans lequel ils vivront, ne serait-il pas leur offrir une perspective plus réjouissante que celle de pédaler pour une plateforme de livraison de repas à domicile ?

Car c’est aussi la triste réalité de l’économie numérique qui ne « disrupte » pas toujours dans le bon sens : elle génère très majoritairement des emplois sous-qualifiés quand ils ne sont pas précaires. Le constat social est rude : ceux qui ne maîtrisent pas ces technologies, les subissent.

Il y a tant à faire à notre niveau pour empêcher cela et ce n’est qu’une question de volonté politique qui doit s’inscrire au présent.

Si ce que vous venez de lire vous interpelle et que la définition d’une stratégie commune autour « d’espaces numériques républicains » vous intéresse, je vous invite à me contacter à l’adresse suivante : c.boissonnade@voisins78.fr

Recevez, chers collègues, mes salutations républicaines les plus sincères.

Christophe BOISSONNADE, 1er adjoint au Maire de Voisins-le-Bretonneux (78), délégué au numérique et à la Ville solidaire.


* Les logiciels libres garantissent à leurs utilisateurs la transparence totale du code informatique, l’utilisation de formats de fichiers ouverts, ainsi que la liberté de les utiliser, distribuer, dupliquer, modifier et cela entièrement gratuitement pour la quasi totalité d’entre eux.